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L'évolution du semblable:
1. Le préréférentiel:
Dans l'appréhension du monde que j'appelle préréférentielle, le semblable était construit sur le mode métonymique c-à-d que les choses contiguës avaient un air de ressemblance. Aussi, plus les choses étaient distantes, moins elles se ressemblaient.
2. Le référentiel:
Du fait de la multiplication des voyages et du brassage des peuples, l'appréhension du monde changea: elle devint référentielle, axée sur la métaphore c-à-d que des choses éloignées dans le temps et dans l'espace pouvaient présenter des parties semblables. Tout résidait alors dans la délimitation de ces parties semblables qu'il fallait instituer (où couper et comment). Ex: la feuille est une chose qui se retrouve dans une multitude d'arbres séparés les uns des autres. Mais pour définir cette partie commune, il fallait qu'elle-même fut composée de parties semblables etc. Cette mise en abyme vers l'infiniment petit pour y dénicher le semblable a été rendue possible par l'algèbre qui a jeté les bases de la practicabilité d'une telle démarche en inventant l'unité qui se retrouve dans tous les nombres. Il n'est pas innocent que l'atome et l'algèbre aient été inventé par les grecs car les deux logiques coïncident et convergent vers l'infiniment petit: la décomposition de l'unité en dixièmes puis centièmes c-à-d en micro-unités semblables à l'unité de départ mais plus petites correspond à la décomposition de la matière en morceaux plus petits jusqu'à l'atome, l'ultime unité.
3. Le conceptuel:
Cependant, la délimitation des parties, la mise en abyme en parties ultimes et surtout la décomposition, l'éclatement du monde qu'une telle approche analytique engendrait pausèrent problème. Aussi, l'appréhension du monde changea: elle devint conceptuelle, axée sur le symbole c-à-d que des propriétés invisibles mais universelles se retrouvaient dans toutes les choses éloignées les unes des autres ou pas. Ex: la grandeur, le poids, la couleur sont des attributs de toutes les choses. Par ce moyen, on réunifiait le monde, par ce forcing, on le globalisait.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que cette triple logique ne va pas de soi.
Chaque niveau métalinguistique, dans sa praxis de refonte des niveaux inférieurs, rajoute une couche de commensurabilité.
En effet, le signe (en tant que symbole) est un essai de réduction du divers dans le même. Composé d'un signifiant en relation arbitraire avec un signifié c-à-d que les deux domaines sont sans solution de continuité mais simplement plaqués l'un sur l'autre, le signifiant est élaboré dans un matériau qui est dès le départ choisi pour son homogénéité, son uniformité. Ex: la pierre, le papyrus etc. Le signifiant est donc une matière uniforme par destination. Il est dès lors normal que, plaqué sur le signifié, il redécouvre en lui cette uniformité de matière qui est sienne par choix délibéré. Car le signifiant est totalitaire, il est partie qui veut parler le tout, tout le reste qui n'est pas elle en élaborant comme un pli dans le tout, lui, petite partie plaquée sur le reste du tout. Chaque élément du tout aura son correspondant dans cette partie qu'est le signifiant.
Donc, le signifiant est matière uniforme, partie récapitulant le tout, ce qui nécessite des contractions du tout pour le faire rentrer dans la partie, des réductions au même lors de ce procès de duplication du tout : le concept comme universalité procède de ce réductionisme forcené.Les ingrédients de la création de l'identique sont au cœur même du signe comme superposition d'un Sa et d'un Sé. Le signe est donc une machine à produire du référent uniforme à partir d'un réel sauvage, indomptable.
Chaque niveau méta ensurajoutant un nouveau signifiant remet une nouvelle couche d'uniformisation.
Donc, l'uniformité est un effet d'optique dû à la signification en cascade.
Donc des concepts comme celui d'homme sont des effets d'optique.
Ce qui est intéressant de noter ici, c'est l'importance du processus d'auberge espagnole (on retrouve ce qu'on y met) mais également l'importance de la praxis car la signification est une pratique concrète et le signifiant est on ne peut plus concret. Enfin, dans le signe, ce qui se conserve d'étape en étape, de cascade en cascade, c'est uniquement le dernier signifiant. Ainsi, à chaque étape disparaît un peu plus de l'altérité,de la dissemblance qui était contenue dans le signifié du niveau inférieur.Et cela ne revient jamais plus! Que donc, cette croyance dans un monde de régularité, logique, rationnel n'est que l'effet par le biais de significations en cascade de l'éloignement progressif de son irréductibilité primitive.Ce qui caractérise lévolution actuelle du monde, cest la dissociation. Pourquoi dissocier ? Pour mettre à disposition de lappétit du marché (de la même manière que pour se nourrir, on déchire dans la charogne des lambeaux de chair). Chaque morceau dissocié est produit sur le marché puis revendu à la personne de laquelle on la dissocié. Ex : la division du travail (le vêtement, la nourriture etc). Donc, on disjoint de lindividu homme à tout faire et totalement impliqué dans son milieu des parties de son milieu pour les produire et les lui vendre puis des parties de lui pour les produire et les lui vendre.
Conséquences : alors que lincorporation de lindividu dans son milieu, son corps, ses comportements etc, fixait les choses, le sécurisait, le marché induit un renouvellement de plus en plus rapide des produits réincorporés après coup. La contradiction qui sourde derrière ce processus est la suivante : le produit marchandise est vécu comme étranger à soi ; la réincorporation nécessite un effort considérable dattractivité du produit ; mais lobsolescence accélérée du produit provoque le désinvestissement du moi. Donc, le marché doit susciter à la fois lattrait (acte dachat) et le retrait (destruction pour renouvellement rapide). Doù un malaise permanent (limpression quon a perdu quelque chose de vital).
Le modèle enchanté du monde (le monde est un immense corps et tout y est incorporé) à peine à être remplacé par le modèle consommatif du monde (le monde est un immense magasin où je me sers pour ensuite jeter). Lien momentané puis exit : lien abstrait jamais suffisamment renourri par les tentatives de concrétisation.
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